L'illusion de la rapidité
- Cœur D'Aa

- 4 mai
- 3 min de lecture
Bien que je ne sois pas d'une grande lenteur, j'ai toujours eu la sensation que la rapidité nous illusionnait. Ce qui me choque dans notre course effrénée quotidienne, c'est la contradiction marquée par la pression automatisée à la recherche de bien être simultanément. C'est aussi l'injonction de l'accomplissement avant l'âge de..., les réponses qu'on a plutôt à faire dans un délai écourté, la marche aliénante en ville, les automobilistes oppressés rageux de s'arrêter devant un piéton... ; l'heure est donc juste devenue un repère à éviter la culpabilité et à créer une contrainte. Le manque de sens de la rapidité nous laisse voir des enragés ; le travailleur en veille permanente d'une surveillance atomique et même quand tu passes à la caisse d'un supermarché, il faut faire fissa... Je ne sais pas si ma condition première de rurale me permet de faire ce pas de côté ou si je comprends simplement que c'est devenu oppressif et autoritaire dénaturant nos sensations fines à s'émouvoir d'une journée banale et de nous rythmer sans en attendre le moindre résultat financier ou autres.
Tout n'est alors qu'illusion quotidienne aveuglant les humains automatisés qui répondent à un courant mettant à la marge les libres vivants qui ont décidé d'être à un rythme convenable et respectueux de leurs corps et de leurs esprits.
Je pense aux écovillages, aux néo artisans-ruraux, aux cadres qui arrêtent soudainement leur carrière et aux jeunes générations qui n'ont pas l'intention de se soustraire silencieusement. La vie contrainte de suractivités n'est pas viable pour l'humain et elle perd de sa popularité.
Je crois que nous pouvons avoir une valeur forte du travail et s'y consacrer avec passion sans pour autant entacher notre rythme naturel et j'ai aussi la sensation que cette infection technologique est difficilement constestable.
Pour ma part, je m'astreins à éteindre mon téléphone une partie de la journée et à me connecter à la vie pure qui nous est offerte. C'est assurément dans ces moments-là que je me sens en phase dans les relations, ma créativité et que mes projets avancent ; que mon bonheur croît.
C'est aussi en adoptant un rythme retrogradé que je peux le mieux dialoguer avec mon corps et ses besoins. N'est-ce pas notre vie qui nous est cher, plutôt que de délaisser son corps qui capitulera un jour ou l'autre ?
Est-ce nécessaire d'attendre un burn-out, un choc, une maladie... pour bien comprendre qu'il n'y a pas l'obligation réelle à se crisper dans la rapidité. Tout ça me paraît bien illusoire au regard du peu de gains que nous en retirons ; et gare à celles et ceux qui ne s'y convertisent pas... Nous mettre en compétition permanente et en suractivité sous couvert d'un manque de moyen financier et d'une complexité économique, merci le poids de la culpabilité et la peur de manquer. Cela ne fonctionne pas, ni humainement ni économiquement ; nous sommes bien hautains face au monde. Nos besoins humains fondamentaux sont faits d'amour, de lien, de passion et d'une valeur activité spécifique à chacun. La rapidité n'est alors pas vraiment enracinée pas plus que la lenteur, elle est devenue l'illusion et la croyance qu'elle crédibilise la performance, l'adaptation et un certain accomplissement ; chose complètement absurde.
La solution réside, à mon sens, davantage dans la réalité du rythme propre à chaque individu et de ne pas uniformiser la cadence. Il s'agit de rendre le pouvoir à l'individu afin d'adjoindre ses besoins spécifiques à ses activités. Je crois aussi fermement que l'efficience peut se nicher hors du cadre et réside dans l'incarnation de son système unique. Allez vite ne garantit en rien la prospérité, l'enracinement quant à lui pérennise.
@Coeur D'Aa
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