Détourner de sa route
- Cœur D'Aa

- 18 déc. 2025
- 3 min de lecture
Les détours sont en fait des tremplins, ils nous amènent à devoir faire face à ce que nous ne pouvons plus porter mais que nos résistances maintiennent, ils nous permettent d'accelérer notre connaissance de nous-même dans ce qu'on imagine être une régression, ils nous éloignent pour nous rapprocher d'autant, ils nous guident dans l'expérience qui a priori non choisie devient celle qui ne fallait pas manquer...
Je parle ici d'être détourné de sa route pour mieux la retrouver, c'est un passage obligatoire à notre évolution. Les routes fixes n'existent pas, c'est une projection qui peut sembler sécurisante mais qui n'agit que comme la peur de perdre.
Comme un accident de voiture, une maladie, un deuil,... c'est une agression de rue qui m'a fait prendre ce détour. Puisque ça ne me remue que pour partager cette histoire, je me dis qu'il est temps d'en livrer l'évènement à la fois douloureux et transformateur que cela m'a permis de vivre.
Il y a près de 20 ans, et l'on n'oublie pas, jamais... C'est un trauma qui marque toute une vie, qui reste une empreinte invisible. Ce choc s'est déroulé une nuit de pluie, je rentrais d'une soirée, je m'approchais de mon appartement capuche sur la tête...
J'étais tellement focalisée sur mon envie de rentrer que je ne faisais pas attention à ce qui m'entourait, lorsque j'ai été maintenue bouche et corps sans visibilité de l'individu. Je ne me souviens pas du temps qui s'est écoulé mais j'ai toujours en tête la projection que je m'étais faite du destin qui se dessinait. Ce flash m'a sans doute "sauvée" en quelque sorte... C'est dur mais ce que j'ai imaginé est d'une violence sans nom, le pire qu'il puisse se passer. Fort heureusement je n'ai pas vécu cette atrocité. Que s'est-il vraiment passé ? J'ai posé ma main sur le bras méconnu qui me braquait et j'ai prononcé "nous pouvons parler ?"... Cet individu m'a instantanément lâché, bien entendu sans avoir une once de considération humaine par ailleurs, mais j'avais obtenu une porte de sortie !
Puis, mon téléphone a commencé à sonner, c'était des connaissances qui sortaient de soirée. Il y avait tout, du renfort masculin et de quoi légitimer ce que je venais de vivre. Il n'en a rien été puisque rien ne s'est passé en ma faveur, j'avais peur et je n'étais pas épaulée bien que j'ai exprimé ce qui venait de se passer ; une double peine !
Le lendemain, je ne me reconnaissais plus dans le miroir, je vivais un mélange de mécanismes de défense dont j'avais littéralement conscience. Il aurait fallu que je courre ce matin là voir les forces de l'ordre ne serait-ce que pour être entendue mais j'étais terrifiée et déshumanisée. S'en est suivis la fuite, le silence et énormément de souffrance réprimée.
On se passera ici des détails post-traumatiques que cela a causé mais ce que je retiens c'est une grande absence avec moi-même, je me perdais avec pour seule arme ma vivacité.
Bien qu'il ait été difficile d'en accepter les répercussions de vie et psychiques, j'ai réussi à reprendre les rênes en comptant seulement sur moi. Le grand enseignement que j'en ai retiré va bien au-delà d'un combat solitaire, c'est l'absence de cette humanité. Tant que ça n'arrive qu'aux autres, ça ne nous touche pas vraiment...
C'est toute l'histoire de l'individualisme et de la médiocrité humaine qui se ravage d'elle-même. C'est à travers bien d'autres expériences "plus banales" que j'en fais le net constat accablant.
C'est une leçon qui a changé mon existence à jamais !
Ce post-trauma m'a conduite à me détourner pour mieux me retrouver et réaliser qu'avec le temps, la gangrène s'installe dans l'esprit des plus pervertis...
©Coeur D'Aa
Pas mieux que des tyrans, pas moins que des Dieux.